triste pavane
texte inspiré par la Pavane de Gabriel Fauré
Elle est allongée là sous son chêne dans une robe blanche,
les deux mains jointes sur son ventre encore arrondi ;
autour d’elle la foule.
Enfin, ses proches dans un premier cercle.
Son jeune fils assis par terre tout près de sa tête.
Il la regarde, comme si elle pouvait encore se réveiller.
Il est encore trop jeune pour comprendre que son sommeil est définitif.
Personne n’a le cœur de lui dire de s’écarter.
A 2 mètres, sa tombe creusée des mains même de son mari, œuvre pas encore assez ardue pour endiguer la douleur de perdre sa femme en couche et leur fille avec.
De la terre s’est incrustée au plus profond des sillons de ses doigts, tout comme sa douleur qui lui arrache le cœur.
La terre l’a englouti petit à petit, Il s’est battu avec elle, il l’a pétri, jeté. Il a crié, il lui a hurlé sa douleur, jusqu’à ce que la terre l’avale de l’intérieur et le laisse vide de tout.
Amorphe.
Les oiseaux eux-mêmes se sont tus.
Seule une légère brise, fait vivre encore pour quelques instants ses cheveux autour son visage diaphane.
Scène surréaliste.
En riant, un jour après l’amour sous le chêne, ils avaient fait le serment d’être enterrés sous leur chêne, mais ce devait être dans 50 ans au moins, pied de nez de la mort sur la vie.
Une musique s’échappe soudain dans l’air : la pavane de Gabriel Fauré emplit tout l’espace.
Chacun retient sa respiration et vibre aux sons des instruments.
Symphonie décuplée par la gravité du moment.
Les notes se mêlent aux parfums des fleurs qui s’étalent tout autour de la défunte, emportant avec eux dans un souffle l’âme de l’amante dans le ciel bleu de ce jour d’été.